Il n'y aura
pas de cinéma dans cette chronique cette semaine : pas de cinéma,
parce que nous sommes sur une radio locale, et que le cinéma
local n'existe pas, alors pourquoi continuer à en parler ?
Il y a encore peu, nous pouvions nous permettre de faire une émission
d'une heure, relatant les films de la semaine, en nous permettant,
luxe inouï, de snober les grandes productions internationales,
les gobergeages franco-français d'exaltation du petit français
débrouillard. On pouvait même se permettre de les moquer.
Et puis le cinéma est décédé,
pas de sa belle mort, au détour du mois de juillet, et passer
devant cette salle lépreuse, posé comme un crachat dans
le centre ville rouennais, c'est déjà tout un déchirement
qui mériterait 10 minutes de plan fixe dans un film de Téchiné.
On ne reviendra pas sur cette fête du Cinéma 2001, celle
qui devait être odyssée de L'Espace et qui c'est terminé
dans la tristesse de la mort de celui que l'on fêtait. On ne
reviendra pas sur le fait que l'équipe municipale actuelle
s'était fait élire aussi sur le maintien de la Culture
au sein du Centre-Ville.
Notre Club est mort, et c'est à lui seul tout un centre-ville
qui agonise. La semaine dernière, tout plein d'espoir, je vous
avait dit que nous parlerions de Human Nature, le film de Michel Gondry,
clipeur talentueux de Björk et consorts. Nous sommes Mercredi
matin lorsque j'écris ces lignes, et le moins que l'on puisse
dire, c'est que c'est l'énervement qui guide mes lignes. Après
une consultation rapide des programmes sur Internet, quelle n'est
pas ma surprise de voir que ce film est déprogrammé,
et l'envie de tout laisser tomber me prend, comme régulièrement
depuis quelque mois, lorsque je vois les programmations ineptes de
certains gérants de salles. Le film que j'attendais de vous
faire partager, chers auditeurs, depuis Cannes, celui que nous attendions,
depuis que Charlie Kauffman, le scénariste, en avait annoncer
l'écriture, quelques mois après la sortie de son premier
coup de tonnerre, Being John Malkovitch, film de Spike Jonze, produit
par
Michel Gondry ! Et bien ce film, nous l'avons raté
ensemble, par manque d'attention, par confiance en des marchands du
temple dont le seul intérêt est de garder leurs miches
au chaud, et assurer les entrées.
Pas de polémiques, il paraît qu'un phénix des
clubs va renaître de ces cendres, mais à quel prix ?
L'intérêt de cette salle de Centre ville, dans une ville
universitaire, c'était d'offrir à la fois une programmation
pointue et une programmation populaire en Version Originale. Et tant
pis si nous étions mal assis, merde à ceux qui disaient
qu'on était mal assis ! Oui on était mal assis, et alors,
on allait pas voir Fight Club en VO pour se faire dorloter le rachis
! on allait pas s'en prendre plein la gueule avec la Vierge
des tueurs pour se croire dans son salon ! On allait pas voir
Nationale 7 pour se croire dans une expo Ligne Roset !
C'était l'occasion d'aller voir plusieurs fois des films "intermédiaires"
comme on le dit dans Positif, c'est à dire des films peut être
moins "classe" que les pensums de Tarkowski, mais qui apportait
le souffle nécessaire au cinéma. C'était le bonheur
d'aller voir Star Wars en Version Originale.
Certains pourront trouver ça puéril, ils n'ont qu'a
aller se mignonner en regardant le dernier Imamura. Personne ne les
en empêche. Pourvu simplement que ce ne soit pas ceux là
qui jettent leur gourme sur notre cinéma de quartier, au noble
sens du terme. J'en profite pour citer du Noël Godin, le cinémarouffle
Bruxellois bien connu, lors de la fermeture du Plaza de Bruxelles
:
"Parce qu'enfin tout de même, si le cinéma intermédiaire
dont [les cinémas] constituent la principale source, s'en venait
à lâcher la rampe, s'il n'y avait plus tout à
coup de région tampons entre les gras budget et L'Art et Essai,
si, pour ce faire une toile après le gratin on n'avait plus
le choix qu'entre ces deux tendances, n'est ce pas tout bonnement
un des pôles de commutation de l'imaginaire pelliculeux qui
avalerait là sa fourchette aussi prosaïquement qu'Aragon
la nuit de Noël ?"
Cinéma de quartier, un terme qu'il faudrait toujours avoir
en tête lorsqu'on a les moyens de se payer la gestion d'une
ou plusieurs salles. Un concept sans doute suranné pour un
gestionnaire moderne, un film où l'on pourrai voir à
la fois les films de Cimino et ceux d'Hou Hsiao Hsien, les comédies
de Philippe Harel et les intrigues de
David Fincher. Un cinéma où les films de Sabres où
les Mangas pourrait sans rougir côtoyer les films des frères
Coen où les travaux de Laurent Cantet,
simplement parce que leur point commun à tous est la passion
et l'amour du cinéma, sans places pour les plans marketing
où les prises de têtes masturbatoires à la Eric
Rohmer. Un cinéma où l'on aurait le respect nécessaire
du public consistant à offrir une programmation en version
originale, au moins pour les films "en doublons" sur l'agglomération.
Aurons nous ça, où aurons nous une vitrine pour des
festivals où l'hiver n'est par forcément habillé
pour ? C'est une question qui interroge, comme dirai l'autre
Toujours est il, et même si le tableau que je dépeins
d'un futur repreneur de notre cinéma de quartier est peut être
un portrait noir autant qu'un portrait en creux, pour l'instant, et
au moins pour une dizaine de mois, la situation est catastrophique
pour une agglomération de 400.000 habitants qui se targue d'être
universitaire, et où se tourne régulièrement
des films : il faut savoir de quoi on parle ! sur 41 salles sur l'ensemble
de l'agglomération, il n'y a aucun films en version originales
! Il nous est impossible de voir en seconde semaine le film d'Amos
Kollek, Queenie in love, abonné régulier de cette chronique
les années précédentes dans les arêtes
dans la friture. Il nous est interdit de découvrir Ouvrier
Paysans, le film de Jean Marie Straub. Il nous est chipé sous
le nez le film de Gondry qui devait avoir l'affiche de Travelling
cette semaine. Interdit aussi Asesinato en febrero, le film sur l'ETA
de Eterio Ortega Santillana.
En revanche, nous avons 4 possibilités de voir Vidocq
Mais rien à foutre de Vidocq ! il pourrait être bien
ce film que j'aurais pas envie de le voir, rien qu'à cause
de l'agitation autour, et de cette autocélébration des
feuilletons coucouilles de nos ancêtres, avec la gueule gerbante
de satisfaction du plus mauvais acteur de la vie du monde depuis 10
ans, Gérard Depardieu.
En revanche, on peut toujours voir la merde de Aghion, l'homophobe
de Pédale douce, et le AbFab de la honte. Mais on en a rien
à foutre de voir les plaies variqueuses de Balasko et les coutures
salopées de la rhinoplastie de Nathalie Baye !
En revanche, on peut toujours voir deux fois Rush Hour 2, film spectaculaire,
mais on a rien à foutre de voir des bombes exploser dans la
fausse vie, ce ne sera jamais plus spectaculaire que dans la vraie
vie, et ça arrive en direct, par la prise électrique,
dans la télé, à côté des cacahuètes,
c'est gratuit, c'est à dire que ça ne coûte pas
50 balles à se peler les miches dans une salle surclimatisé
de la banlieue lointaine où l'on passe NRJ en THX. Et en plus,
on a pas Chris Rock. Et c'est mieux, on connaît pas la fin
Je sais pas si les exploitants de cinéma rouennais ont des
actions dans la production de DVD, et dans les ventes de Home Cinéma.
En tout cas, si c'est le cas, qu'ils se réjouissent, ils viennent
de faire deux nouveaux clients : moi et mon amour du cinéma.
Il paraît que Human Nature sort dans un an dans mon cinéma
de quartier Perso. J'ai hâte, il paraît qu'il est bien